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jeudi, novembre 17 2011

Blogfamilles 2011

Le blog Familles 2011 a été lancé en novembre 2010 pour une année en accompagnement de la démarche Familles 2011.

Comme prévu, le blog s’arrête donc en novembre 2011. Vous pouvez trouver les actes du colloque Familles 2011 sur ce blog.

Les initiatives pour les familles se poursuivent dans les diocèses.

Merci de vos réactions et de vos contributions tout au long de cette année.

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vendredi, octobre 28 2011

Pourquoi se marier ?

Mariage GarbayNous nous sommes mariés le 16 Août 2011.

Pour nous, se marier n’est ni un acte banal, ni un acte ringard ou dépassé. C’est un réel et profond engagement envers son conjoint ; un engagement de durée et de fidélité avant tout.

A l’heure où les couples se séparent à la moindre dispute, se marier signifie avoir la ferme intention d’être patient, d’être conciliant, de partager, d’être à l’écoute et de chercher des solutions aux difficultés rencontrées ensemble. C’est donc la promesse de tenir la barre même lors d’une grosse tempête.

Se marier, c’est aussi s’inscrire dans une tradition et une certaine conception du couple et de la famille. Nous associons le mariage à l’image de la stabilité : on prend pour mari ou femme une personne et on sait qu’on n’en changera pas !

Cette stabilité est rassurante et source d’un profond bien-être. Elle n’est pas synonyme d’ennui ou de routine. Se marier c’est accepter de faire des efforts au quotidien, de discuter, de confronter ses idées. Cela est une merveilleuse source d’enrichissement.

Se marier est une belle promesse, mais qui ne baigne pas dans l’illusion naïve que tout ira bien quoiqu’il arrive. Il faut s’attendre à être acteur de la pérennité de son couple, et c’est finalement là, la plus belle preuve d’amour.

Mathilde et Bastien Garbay

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lundi, octobre 3 2011

Des familles à Lourdes

Mgr_Perrier_78-vinceNT_2.jpgUn « rendez-vous des familles » : Lourdes vous invite à ce rendez-vous, entre familles. Mais Lourdes vous invite aussi à vous donner rendez-vous en famille, entre membres de la même famille. Comme on peut se donner rendez-vous pour un week-end à l’occasion d’une fête de famille.

En donnant rendez-vous aux familles, la Sainte Vierge se rappelle qu’elle avait dit à Bernadette : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici ? » Pour Bernadette, il s’agissait de « quinze jours ». Pour les familles, il s’agit de deux jours, qu’elles peuvent étendre si elles le souhaitent, avant ou après le Rendez-vous lui-même. Les Pyrénées sont belles.

Un « rendez-vous des familles » Il s’agit des familles au sens large : pas seulement le père, la mère et leurs enfants, mais aussi les autres générations, les parents plus éloignés, les oncles et tantes, cousins et cousines, voire les parrains et marraines des enfants. Bref, ce que l’on appelle aujourd’hui une « tribu ». Plus que jamais, la tribu peut être aujourd’hui d’un grand secours quand l’un ou l’autre des membres est en difficulté.

En invitant les familles, au pluriel, nous voulons aussi faire signe à toutes les familles. Qu’aucune ne se sente exclue. Beaucoup croient que l’Eglise les a exclues parce qu’elle leur demande de ne pas communier. Certes, l’Eucharistie est le sommet de la vie chrétienne, que ce soit à Lourdes ou ailleurs. Mais Lourdes offre bien d’autres moyens pour exprimer sa foi, sa prière, sa recherche.

La seule règle que les participants doivent observer, c’est de venir avec des membres de leur famille, ou au moins un membre de leur famille, d’une autre génération. D’expérience, nous savons que Lourdes peut parler et parle à toutes les générations. Même aux adolescents qui n’embouteillent pas, ordinairement, nos églises. Le pari du « Rendez-vous des Familles », c’est de proposer à des personnes d’une même famille, mais de générations différentes, de vivre ensemble les activités qu’elles vont choisir et, à cette occasion, de se parler. Ou encore, de choisir des activités différentes, à condition d’échanger sur leurs découvertes.

Programme sommaire

Vendredi 28 octobre :

après-midi et soirée : Accueil et veillée

Samedi 29 octobre

Matin et début d’après-midi : activités variées

Rencontre avec le cardinal André Vingt-Trois Procession eucharistique, adaptée à ce public particulier (la « saison des pèlerinages » est terminée) Procession mariale aux flambeaux, en commun avec les milliers de choristes d’Ancoli.

Dimanche 30 octobre

Début de matinée : activités variées

Conférence du cardinal Ennio Antonelli, président du Conseil pontifical de la famille Eucharistie

Surprise et pique-nique

Dix-sept diocèses ont annoncé des groupes plus ou moins importants. Mais une famille peut aussi s’inscrire en dehors d’un groupe constitué.

En plus des deux cardinaux déjà nommés, beaucoup d’évêques seront présents. Ils seront disponibles pour parler avec vous de la vie familiale et de la vie chrétienne en famille.

La participation aux frais est très faible : par exemple, 50 euros pour 10 personnes d’une même famille (donc 5 euros par personne dans ce cas-là).

Les hébergements et les repas sont aussi à des prix très bas. Les solutions sont très variées : renseignez-vous en écrivant à « Rendez-vous des familles » Sanctuaires Notre-dame de Lourdes 1, avenue Mgr Théas 65 108 Lourdes » ou rendezvousdesfamilles@lourdes-france.com 05 62 42 20 08.

crédit photo : © Sanctuaires Notre-Dame de Lourdes / VINCENT

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vendredi, septembre 16 2011

Pour une nouvelle alliance entre l’école et les familles

EdL_ht.jpgPlus on avance dans le temps, plus l’opinion publique voudrait faire de l’école une sorte de havre de paix -certain ministre dirait un « sanctuaire »- et moins cela est possible.

L’école -y compris l’école catholique- est profondément marquée et de plus en plus marquée par la transformation des modèles sociaux et familiaux, que cette transformation soit le fait de l’évolution des mœurs ou qu’elle résulte des ajustements successifs du droit des personnes et de la famille.

Il en découle un bouleversement paradoxal des rapports entre l’école et les familles. La distance entre les deux était autrefois très grande, mais les relations sereines ; le renforcement des liens que symbolise l’émergence de la notion de « communauté éducative » s’accompagne désormais d’une tension latente.

Dans une société qui décline la famille au pluriel, l’école doit relever le défi de la diversité. Dans une société permissive et individualiste, l’école doit relever le défi de l’autorité. Mais ce qui pèse le plus aujourd’hui dans la relation entre les familles et l’école, c’est l’exigence de réussite.

Dans le modèle traditionnel de la famille nombreuse resté valide jusqu’aux années 60-70, la famille faisait confiance à l’école pour repérer les talents et pour favoriser la réussite des meilleurs. On a désormais affaire à des familles moins nombreuses qui projettent sur chaque enfant de la famille pris individuellement des projets de réussite sociale et professionnelle, de telle sorte que l’échec de l’enfant est vécu comme l’échec de la famille. La famille demande alors des comptes à l’école, telle cette mère qui, procédure judiciaire à l’appui, reproche à un lycée de n’avoir pas su assurer l’entrée de sa fille dans une école vétérinaire alors même que cette élève a intégré une excellente école d’ingénieurs en agriculture.

Jamais la société n’a autant dépensé pour l’école, jamais nous n’avons connu un système scolaire aussi développé de l’âge de 3 ans jusqu’à 25, 26 ou 27 ans, jamais l’école n’a été aussi vilipendée. Il est certain que l’école n’est plus la promesse qu’elle a pu être dans le passé, parce qu’elle a confondu massification et égalité des chances : elle ne garantit ni l’emploi de tous, ni la promotion sociale des plus méritants.

Le plus préoccupant est sans doute l’instrumentalisation de l’école qui n’est plus pensée comme un lieu de construction de la société, mais considérée par certains comme une commodité pour occuper des classes d’âge dont on allonge indéfiniment les études sans rien leur assurer, ou par d’autres comme un des prestataires de services possible (cours particuliers, voyages à l’étranger, etc.) pour tirer son épingle du jeu.

Revisiter le concept de communauté éducative et refonder l’alliance entre les familles et l’école sont des priorités si l’on veut que l’école reste bien l’un de ces derniers lieux où se tisse le lien social. C’est ce à quoi s’attelle l’école catholique, convaincue que la première forme de l’engagement et du témoignage chrétiens, et peut-être la plus fructueuse, se situe sur le terrain éducatif.

Eric de Labarre est marié et père de 5 enfants. Maître de conférences de droit public à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV, il est secrétaire général de l’Enseignement catholique depuis 2007.

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jeudi, septembre 8 2011

Le choix de l’adoption

DuchesneLors de notre mariage, nous avons accepté avec bonheur « le rôle d’époux et de parents ». L’ouverture à la vie, à la fois dans la fécondité « humaine » de notre couple, à travers les rencontres, les engagements, mais aussi par le fait de transmettre la vie, c’était en bonne place dans notre projet de vie.

Mais que faire quand il n’en est pas ainsi ? Bien sûr, on peut « sublimer » son désir, être fécond de mille autres façons… mais il était très difficile pour nous d’imaginer la vie sans enfant. Si nous avons partagé d’excellents moments de vie à deux au cours de cette période, nous avons dû aussi faire face à une dure réalité : celle de ne pouvoir devenir parents « naturellement » ; la route fut longue et semée d’embuches avant qu’Adèle nous permette d’accéder à ce « statut » de parent. Nous avons eu un parcours de « procréation médicalement assistée » que nous assumons (nous avons éclairé nos consciences par des lectures, des rencontres avec des prêtres) mais qui n’a pas débouché sur la conception d’un enfant.

Nous avons alors fait le choix de l’adoption, qui est un chemin long et difficile avant de se concrétiser. Notre désir et notre souffrance pouvaient sans doute rejoindre la souffrance et le désir de vie d’un enfant né quelque part sur la planète. Adèle, notre fille, est arrivée d’Inde 9 ans après notre mariage pour notre plus grand bonheur. Son arrivée nous a permis de devenir parents et de fonder notre famille. Quatre ans après, nous sommes allés chercher notre fils, Stanley, à Haïti, deux ans et demi après qu’il nous ait été confié. Nous avons partagé une semaine chez les Sœurs Missionnaires de Port-au-Prince… et nous avons eu la grâce de les voir à l’œuvre, puisant leur force et leur énergie dans le Christ.

Nous aurions souhaité agrandir la famille mais la difficulté de l’attente, l’énergie nécessaire à l’accueil d’un enfant « grand » (4 ans et demi pour notre fils à son arrivée)… ont orienté notre vie autrement. Aujourd’hui nous sommes une famille comme les autres et différente. Comme les autres parce que vivant les mêmes joies, les mêmes difficultés que les autres. Pour nous, il n’est pas imaginable que nos enfants aient pu être différents de ce qu’ils sont. Ils sont nos enfants pour la vie. Différente par le regard, les questions posées par les gens (qui peuvent blesser nos enfants lorsqu’on leur dit que nous ne sommes pas leurs « vrais parents »). Nos enfants ont bien sûr accès à toute leur histoire… mais sont encore dans l’enfance. Nous avons eu le plaisir de faire un voyage en Inde en famille à la demande de notre fille. Nous nous préparons à des questionnements qui pourront être douloureux à l’adolescence : pouvoir construire son identité sans savoir à qui s’identifier, être régulièrement renvoyé à sa différence, vivre le syndrome Bounty (se sentir noir à l’extérieur et blanc à l’intérieur), assumer une double généalogie, être confronté au racisme, aux préjugés sur la couleur…

Nous avons une vraie reconnaissance envers nos enfants et envers ceux qui nous accompagnés pour devenir parents. Adèle et Stanley sont pour nous cadeaux de la vie, de l’Amour qui vient de Dieu, comme le sont les enfants qui naissent dans les autres familles.

Vincent et Béatrice DUCHESNE, mariés depuis 19 ans, parents de 2 enfants (11 ans et 10 ans), couple accompagnateur CPM , Membres du CMR, diocèse d’Angers.

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jeudi, septembre 1 2011

Retrouver sa dignité de parents

F_Content.JPGApprentis d’Auteuil est né il y a 145 ans pour répondre aux difficultés de la fin du 19ème siècle : s’occuper des orphelins. Au fil des ans, les pratiques éducatives et le travail social en direction des familles ont évolué : de la substitution parentale à la suppléance ; de la suppléance à la co-éducation.

Quelle place pour les familles dans le travail social auprès des enfants ?

Tout a commencé par une lettre envoyée à un père incarcéré, dont nous accueillions l’enfant. À ce père, nous envoyions le bulletin de notes de son fils, lui demandant son avis sur nos propositions d’orientation scolaire. La réponse nous a à la fois surpris et bouleversés : ce père nous répondait combien notre démarche l’avait ému aux larmes : « Vous m’avez rétabli dans ma dignité de père. » Tout un pan de sa vie lui était rendu par ce simple courrier d’information, celui de sa responsabilité paternelle.

95 % des enfants accueillis chez nous retournent dans leur famille, après un temps de placement plus ou moins long. Cette statistique nous a convaincus de l’urgente nécessité de travailler ce retour. Les visites avec un tiers médiateur se sont développées, de nouvelles prestations ont vu le jour : un centre maternel, un immeuble social, des lieux où exercer son droit de visite ou d’hébergement, accueil éducatif en milieu familial…

Cependant, pas d’angélisme ou de naïveté. Nous savons que la route est longue. Que la tension de notre métier réside dans cet équilibre à maintenir entre l’intérêt de l’enfant et la place de ses parents. La réalité des souffrances doit être prise en compte. Pas à pas, il nous faut accompagner, soutenir les parents dans la tâche qui leur incombe, sans se substituer à eux, sans leur ravir leur place légitime.

Même en dehors de toute mesure de placement, les besoins sont immenses. Il existe comme une injonction contradictoire envoyée par la société : d’une part une forte attente dans la qualité d’éducation, l’exigence d’être un « bon parent », d’autre part des conditions de vie et de travail telles qu’elles rendent les parents incapables d’exercer leur rôle.

Souvent c’est un cri qu’ils viennent nous lancer, désemparés : « je n’y arrive plus » « je ne sais plus quoi faire ». Je me souviens de cette mère seule, nous suppliant de prendre son enfant de 13 ans en internat parce que « à la maison ce n’est plus possible », parce que « plus aucun collège ne veut de lui ».

Les familles ont besoin d’être accompagnées, soutenues et protégées dans leur rôle éducatif. Avec d’autres nous prenons notre part dans cette mission, en particulier auprès des plus fragiles et des plus en difficulté.

Au panthéon des rêves de la jeunesse, celui de la famille arrive en tout premier. Par-delà sa mission, nous devons porter ces valeurs familiales qui vont nourrir le jeune, l’aider à se construire, apporter des repères. Un travail de longue haleine qui trouve sa meilleure récompense dans le bonheur de voir, parfois des années plus tard, ce jeune dont nous nous rappelons le parcours chaotique, revenir dans l’établissement, fier de nous présenter sa famille et nous parler de son métier.

François Content est marié, père de 7 enfants et directeur général des Apprentis d’Auteuil depuis 1997.

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mardi, juillet 19 2011

Information du blog familles 2011

"Le blog Familles 2011 vous souhaite de bonnes vacances !

La publication des billets reprendra le 1er septembre.

A partir de cette date il vous sera également possible de vous inscrire en ligne pour le colloque "Familles et société: quels choix pour demain ?"

qui se tiendra à Paris les 1er et 2 octobre 2011"

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mardi, juillet 12 2011

Les vacances, c’est bon pour les familles

Jean-Yves-BaziouComme les individus, les familles ont besoin de loisirs, que ce soit dans le temps des jours ordinaires que pendant les périodes de vacances. Car elles n‘échappent pas à un temps chargé de multiples occupations et de soucis. C’est dans ce but qu’un certain nombre d’institutions du tourisme social et associatif, au croisement de diverses influences, ouvrières, laïques, chrétiennes, ont privilégié ce besoin des familles, en proposant des espaces aménagés pour des séjours de vacances portant une attention particulière aux enfants, aux adolescents et aux mères de familles.

Par exemple, les VVF (Villages Vacances Famille) eurent pour objet de « permettre aux familles de passer des vacances saines, profitables et reposantes, en rapport avec leurs besoins autant qu’avec leurs possibilités, grâce à des services collectifs d’ordre matériel et éducatif » (Guignand, Singer, Villages Vacances Familles, PUF, 1989, p. 15). Les vacances sont d’ailleurs un sujet important de conversation et d’investissement psychologique, économique dans les familles.

Celles-ci en attendent une rupture par rapport à la routine et aux normes de la vie quotidienne. Les vacances sont perçues comme pouvant ouvrir des possibles en matière de rassemblement conjugal, familial, d’accomplissement et d’épanouissement de chacun : on y espère une sortie des diverses relations d’assujettissement. En famille on négocie pour et pendant les vacances des marges d’arrangement entre les intérêts individuels et la cohésion collective : il s’agit de s’entendre sur ce qui peut contribuer au bonheur à la fois de chacun et de tous. Les vacances peuvent être un temps favorable non seulement pour construire un projet commun mais aussi pour réajuster les relations entre conjoints, entre parents et enfants, entre les enfants.

Ce n’est sans doute pas un hasard si les familles cultivent une mémoire des vacances passées et prennent beaucoup de temps pour préparer les nouveaux départs : les vacances peuvent être une ressource de références pour la régulation, l’affinement et les variations à apporter à la vie ensemble. Par exemple, elles sont l’occasion d’assumer plus solidairement un certain nombre de tâches, notamment ménagères : en vacances, tout le monde donne un coup de main et après chacun part de son côté (P. Périer). Cela laisse également entendre que pendant les vacances s’explicite fortement la demande d’un temps pour soi dans la sphère même du groupe familial. Une mère au foyer avec 4 enfants estime que « les vacances idéales ce serait de pouvoir avoir les enfants avec soi sans en avoir réellement les corvées, c’est-à-dire les repas », et qu’il y ait des loisirs pour les enfants pour permettre aux parents d’avoir les leurs (P. Périer, in « Etre soi parmi les autres », L’Harmattan, 2001, p. 111). En vacances, les familles veulent cultiver cet art singulier de vivre où chacun fait un peu ce qu’il veut mais où tous finissent par se retrouver. On a constaté sur ce point que les repas de midi et du soir en vacances sont des moments forts de retrouvailles, alors que les autres moments de la journée sont occupés de façon variable par les différents membres de la famille (B. Réau, Les Français et les vacances, CNRS, 2011, p. 197).

Un autre espace-temps de retrouvailles s’avère être pour certaines familles l’église du lieu de vacances. Car c’est dans les temps dégagés des obligations diverses que l’on tend à inscrire l’activité religieuse et spirituelle, celle-ci relevant désormais du choix libre des individus et des groupes. La liberté recherchée dans les vacances rencontre alors la liberté et la joie de se rassembler au-delà du cercle familial à l’invitation du Seigneur.

Jean-Yves Baziou : professeur à la Faculté de Théologie de Lille

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jeudi, juillet 7 2011

Quelle réponse politique aux aspirations des jeunes en matière de famille ?

vincent_porteret.JPGAujourd’hui, de nombreux jeunes âgés d’une vingtaine d’années aspirent à fonder une famille. Ils semblent pourtant penser que ce n’est pas de leur âge. Comment comprendre ce paradoxe ?

La famille figure en effet, en très bonne, voire en première place parmi les sources de bonheur qu’ils reconnaissent. De la baisse du nombre des premiers mariages, que signale l’INSEE pour 2009, à des pratiques aussi insolites que les mariages sponsorisés, de nombreux indices laissent même penser que la famille fondée sur le mariage a de la saveur pour ces jeunes. Pour eux, comme pour nombre de leurs contemporains, la famille est une « valeur » et elle a de la valeur : pour ce qu’elle est, même blessée, et pour ce qu’elle pourrait ou devrait être.

Pourtant, ces aspirations à fonder une famille entrent en tension avec une forme de réticence, une hésitation à poser ce choix et conduit à en retarder la réalisation.

A n’en pas douter, cela révèle un manque de confiance et un enjeu politique car des familles qui se fondent, et des familles fondées sur le roc, sont des bases solides pour la société. Les pouvoirs publics peuvent-ils intervenir pour créer des conditions favorables à ce choix ? Que peuvent-ils faire dans un contexte où tout se passe comme si l’individu était dissuadé de s’engager dans des choses « réelles » comme le travail, la politique, la famille… avant un certain âge ?

Il ne s’agit pas tant d’inciter à fonder une famille ; certains s’y sont essayés et cela n’a conduit qu’à l’avènement de «familles d’Etat ». Il convient plutôt de faciliter la mise en œuvre d’un vrai choix personnel en identifiant les freins qui pèsent sur ce choix pour, ensuite, trouver les moyens de les lever.

Ces freins sont nombreux. Sur le plan matériel, les difficultés d’emploi, de logement (réelles ou supposées, craintes dans tous les cas) s’ajoutent aux incertitudes liées au coût des études des enfants, à la retraite… De son côté, la réflexion même sur le sens de ce choix, sur ce que va vivre la famille, fait plus de place au « quoi ?» (quel niveau de vie ? quelles épreuves ?...) qu’au « comment ?» (et d’abord que la famille va avec le vivre « ensemble »).

Des études sur la conjugalité, le taux de fécondité… éclairent les choix en matière familiale, mais aussi certaines de leurs conditions de réalisation. Elles montrent aussi combien la force des freins évoqués précédemment varie en fonction de l’âge et donc que les réponses attendues relèvent autant d’une politique familiale que d’une politique de la jeunesse.

C’est une piste sérieuse pour rendre justice aux aspirations de nos jeunes contemporains ! Inutile de dire qu’ils attendent des réponses audacieuses.

Marié et père de 5 enfants, Vincent Porteret est docteur en sociologie. Il a travaillé plusieurs années au sein d’une équipe du CNRS et enseigné la sociologie politique à la Sorbonne, avant de rejoindre la Confédération Nationale des Associations Familiales Catholiques dont il est délégué général depuis 2008.

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vendredi, juillet 1 2011

L’enfant, un sujet à part entière.

P1000897_Anne_Lannegrace.JPGLes parents et la famille ont un rôle incontournable pour l’éducation de leurs enfants, en particulier pendant les premières années de la vie.

L’enfant est devenu aujourd’hui un « objet précieux ». Précieux, oui et c’est un progrès qui s’inscrit dans le contexte plus général de l’attention que la société porte aux individus et spécialement aux plus démunis dont font partie les enfants. C’est vrai que les enfants ont leur caractère- pas toujours facile-, qu’ils ont tendance à s’installer dans un imaginaire de toute puissance, et il est indispensable de leur donner des limites structurantes pour la constitution de leur personnalité. Il n’en reste pas moins que les enfants sont parmi les plus vulnérables de notre société et que c’est un progrès considérable de prendre soin de leur « être ». Entre l’enfant roi ou l’enfant tyran, et l’enfant malmené, bafoué dans sa dignité ou plus simplement ignoré par moments, il y a un équilibre à trouver.

Dans ce souci de prendre soin de nos enfants et dans cette réflexion de la société sur la place de l’enfant, nous sommes passés progressivement du droit de l’enfant à la question centrale du bien de l’enfant, ce qui montre bien que le risque est toujours de traiter l’enfant en objet. Le considérer comme un sujet à part entière est un enjeu majeur de l’éducation.

Dire « sujet à part entière » ne veut pas dire sujet autonome mais sujet en devenir, ce que nous sommes tous mais l’enfant particulièrement à qui nous avons à transmettre puis à proposer ce qui nous semble essentiel pour sa vie.

Ce qui nous fait vivre les uns et les autres, c’est la prise en compte et le renouvellement permanent et quotidien de notre désir qui se travaille et se purifie progressivement. Il en va de même pour l’enfant. C’est le rôle des parents et des éducateurs de lui montrer que son désir est bon et respectable, non pas pour lui laisser tout faire mais pour l’aider à grandir en le faisant évoluer. C’est lui dire, implicitement ou pas, « Ton désir est bon mais sa satisfaction immédiate n’est pas possible. Tu ne peux pas faire ce que tu veux comme tu veux, épouser Papa ou Maman, dire n’importe quoi à n’importe qui, etc.… Par contre, ton énergie, ton amour, ta vie intérieure, ce que tu penses, sont importants. Nous allons voir ensemble comment tu peux les utiliser, les développer, les mettre au service de ce que tu veux faire, de tes projets, et des autres ».

Pour les questions existentielles que se posent les enfants le rôle des parents est également essentiel pour apporter les réponses nécessaires et adaptées à leur âge et à leur maturité. Là aussi, il est également nécessaire de dire aux enfants combien leur désir de comprendre la vie est bon et utile pour continuer à avancer sur le chemin qu’il leur revient personnellement de faire.

Protection, limites, réponses adaptées, respect de leur cheminement de sujet : les parents sont les mieux placés pour élever leurs enfants. Pour cela ils peuvent se faire aider par leur entourage qui prend soin d’eux et les accompagne dans leur parenté ou leur parentalité.

Pour nous chrétiens, c’est prioritairement au travers et grâce à cette éducation en famille que les enfants pourront découvrir cette intuition centrale dans le développement de leur vie intérieure qu’est la foi en Dieu.

Anne Lannegrace, mariée, 4 enfants, 11 petits enfants, est psychologue et psychanalyste. Elle est directrice du département Famille de la conférence des Evêques de France.

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vendredi, juin 24 2011

Quand l’hospitalisation bouscule les familles

A._Humeau.JPGL’aumônerie hospitalière est un observatoire de réalités familiales dans un lieu particulier, sur un temps pouvant aller d’une seule rencontre à un accompagnement sur quelques jours ou plusieurs années.

A la demande de ses fils, 30 ans à peine, être présente pendant plus de 2 heures auprès d’un homme d’une cinquantaine d’années, jusqu’à son dernier souffle. Des fils, présents tous les deux, mais qui préfèrent ne pas être seuls. Une histoire familiale et personnelle sans doute très douloureuse entre alcool, violence et séparation. Leur mère, ex-épouse, soutient à sa manière ses enfants en venant s’asseoir dans le couloir à proximité de la chambre. Mais elle ne peut pas avancer plus près.

Dans la chapelle de l’hôpital, quelques personnes (famille, soignants) autour du cercueil d’un homme qui vient de passer quelques dizaines d’années en psychiatrie. L’histoire de la famille s’en est trouvée marquée au point que les enfants qui sont présents n’ont pas revu leur père depuis… quelques dizaines d’années. Ils vivent là un temps de retrouvailles, entourés de ceux –les soignants – qui, pendant toutes ces années, auront été la famille de celui qui les a quittés et ont tenu à être là jusqu’au bout.

Je pourrais ainsi continuer à évoquer telle ou telle situation vécue. L’annonce d’une maladie grave introduit une coupure dans la vie du malade et de sa famille. La maladie envahit l’existence de tous et la vie de chacun va s’en trouver transformée, même si on cherche, parfois désespérément, à ne rien modifier du quotidien banal.

Qui en effet se préoccupe de son devenir, de sa fragilité, de sa finitude quand tout autour de lui ne parle que de réussite et que la vie va vite ? De façon souvent inattendue et brutale se pose la question du sens de la vie, de son devenir. On n’apprend pas à être malade ni à se comporter avec un proche malade, la maladie nous tombe dessus, nous mettant d’un seul coup en situation de tension et de déséquilibre, faisant parfois resurgir ou ravivant des brouilles ou des conflits. Cette situation souvent traduite comme un temps de solitude n’épargne pas les proches, mais chacun la vit à sa manière, à son rythme, différemment.

L’aumônerie dans sa présence privilégie l'écoute et l’accompagnement des personnes. Dans la rencontre, l’essentiel est l’accueil et le respect de la personne, de chaque personne dans ce qu’elle est, ce qu’elle attend, ce qu’elle cherche, parfois bien confusément.

Comme membre d’aumônerie, je suis témoin de ce que peuvent vivre les familles. L’arrivée de la maladie provoque des réactions, des comportements extrêmement différents, la charge affective et émotionnelle rendant parfois la prise de distance impossible face à une situation nouvelle, une issue fatale. J’entends parfois les confidences de l’un ou l’autre sur quelque chose qu’il n’est pas ou plus possible de dire à tous. D’un accompagnement paisible et attentif d’un parent par sa famille au silence lourd de non-dits, de souffrance, voire de violence qui pèse dans une chambre, en passant par des réconciliations inattendues ou tant espérées d’un parent avec son enfant, entre enfants autour du parent qui s’en va, l’humanité est là dans sa réalité très concrète.

Au nom du Christ, je fais le choix d’une présence à tous, à toutes les situations y compris limites, d’une présence qui ne peut se vivre parfois qu’en silence… humblement et fidèlement. Et je ne peux que reconnaître que ma vie se trouve transformée par ce chemin où se croisent tant de visages, tant d’histoires.

Anne Humeau est mariée et mère de 5 enfants. Elle est Aumônier national des hôpitaux.

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mercredi, juin 15 2011

Quelles fécondités pour un couple ?

Luc_Paulette.JPGLes aléas de la vie ont fait que nous nous sommes mariés tard, comme cela se dit couramment, nous n’avons pas eu d’enfants et n’en auront pas. La grande joie de nous marier, de faire des projets ensemble, de confirmer des tensions fortes qui nous habitaient l’un et l’autre, nous a appelés à nous interroger sur ce qui ne serait pas et sur ce qui pouvait être.

C’est par le mot fécondité que nous avons approché le plus – le mieux ? – ce que nous étions appelés à vivre. Nous sommes dans des familles attentives et affectueuses et avons des amitiés stimulantes. Nous sommes et avons été dans des tâches professionnelles enrichissantes quoique exigeantes. Nous sommes dans des réseaux chrétiens et associatifs dynamiques et au labeur pour un avenir à construire.

C’est forts de ces appuis que nous nous sommes interrogés sur ce que nous pouvions apporter pour ouvrir l’avenir, faire vivre des espérances. Nous pouvions être féconds par ce que nous allions partager, vivre et faire vivre en ces lieux d’engagements dans l’Eglise, dans la vie syndicale, dans le monde associatif !

Professionnels de la santé, nous avions des métiers qui mettent en œuvre une attention aux autres. Nous avons rencontré le fort désir des malades de vivre la cap existentiel de la maladie, dans l’espérance et grâce au soutien de leur entourage et des soignants, qu’ils se reconstruisent ou accomplissent leur vie jusqu’au bout. Nous avons choisi d’être acteurs de cette espérance, comme professionnels mais aussi par des engagements syndicaux.

Le texte des évêques « Pour de nouveaux modes de vie » en 1982 a donné sens concret à cette fécondité. En couple nous avons fait le choix de donner temps et argent (moins de salaire et moins de revenus à la retraite) pour la vie de l’Eglise, ainsi un de nous assurera un service d’aumônerie d’hôpital pendant 20 ans à mi-temps.

Nous savions bien que vivre ensemble serait aussi regarder plus loin que nous ; comme nous découvrons au fil du temps que si un enfant montre avec bonheur la fécondité d’un couple, la nôtre ne serait réelle que pour celles et ceux qui la dirait telle. Cette fécondité n’existe que si d’autres la nomment, ou elle n’est pas ! C’est donc une exigence de vérité à construire dans le dialogue que nous essayons de vivre dans notre couple, mais c’est aussi le sentiment que cette fécondité sera toujours devant nous et à rendre possible.

Paulette Souchon et Luc Champagne

Paulette Souchon est infirmière à Lyon. Luc Champagne est ancien cadre hospitalier et directeur du département Santé au sein du service national Famille et Société de la Conférence des évêques de France

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mercredi, juin 8 2011

Aimer pour toujours

100_1480_elisabeth.JPGMa mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer

Cela commence par des petits oublis sans gravité, puis des pertes de repères dans le temps et dans l’espace, des changements de comportement… Après des tests chez un gériatre et une IRM du cerveau, le diagnostic tombe : maladie d’ALZHEIMER : c’est le début d’une nouvelle histoire où les relations entre les personnes si proches d’une même famille, vont être durablement modifiées.

Assez vite, des aides extérieures vont devoir être mises en place : il est maintenant bien connu des milieux médicaux et associatifs qu’il y a autant à prendre soin de la personne malade que de l’ « aidant » (l’aidant, c'est-à-dire la personne de l’entourage qui est le plus proche). Parce que c’est difficile de voir la personne aimée décliner ; difficile de prendre des décisions, pour elle, éventuellement contre sa volonté ; c’est fatiguant d’avoir le souci permanent de quelqu’un. A chaque instant, il s’agit de trouver la juste mesure entre la laisser faire ce qu’elle est encore capable de faire et faire à sa place. Des groupes de parole existent pour aider à prendre du recul, pour se sentir moins seul, pour se partager des « petits trucs » qui vont bien améliorer le quotidien et surtout pour apprendre à ne pas culpabiliser de ne pas en faire assez….

La relation avec la personne malade change et il faut apprendre à profiter de ces moments où la personne est calme pour évoquer le passé, là où les souvenirs sont encore intacts, faire une promenade et échanger sur ce qui se passe autour de soi : le printemps qui revient ….. Cela apprend à aller à l’essentiel : toutes ces bêtises, ces oublis …sont à relativiser, l’important c’est la personne, l’amour entre mère et fille est toujours présent. Il y a encore des moments à partager, ne serait-ce que des gestes de tendresse. Et la personne malade en a besoin. La maladie touche l’intelligence, pas le cœur.

La maladie modifie aussi les relations au sein de la fratrie, chacun ne réagit pas de la même façon face à cette maladie. Mais, c’est un soulagement de pouvoir se relayer, de pouvoir en parler, d’être plusieurs pour prendre les décisions, de rire aussi - ce que ne veut pas dire se moquer - à l’évocation de certaines bêtises ou paroles mal à propos.

Pour la génération suivante, c’est un peu difficile aussi, de voir leur grand-mère diminuer, qui a oublié leur prénom, et de qui ils sont l’enfant : il faut les pousser un peu pour continuer à rendre visite, mais ils en repartent souvent émus d’avoir vu comme leur visite avait fait plaisir. Une maladie éprouvante pour la personne et l’entourage, mais qui donne du sens au mot AIMER, et aimer pour TOUJOURS.

Elisabeth Danjou est mariée et mère de 5 enfants. Elle est déléguée diocésaine à la pastorale familiale du diocèse d’Amiens depuis 2006.

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mercredi, juin 1 2011

Les familles et l’épreuve de la prison.

Vincent Leclair Sur le parking du centre pénitentiaire, devant le local d’accueil des familles en attente de parloir, deux enfants se poussent en riant sur un tricycle… Une jeune femme désemparée pleure au téléphone.

Que devient la famille lorsque l’un de ses membres se retrouve en prison ? Chacun, dans le cercle familial, s’en trouve atteint, bouleversé. Il y a le point de vue de celui qui est enfermé, privé de lien physique, de relations. Il est pourtant tellement dépendant du soutien moral, affectif, et matériel que peut lui procurer son entourage. L’absence de famille se révélera plus cruelle. Il peut aussi se trouver ou se croire abandonné, dès le début ou peu à peu, par une famille qui ne comprend pas, n’accepte pas, qui se sent trahie ou blessée dans son honneur, qui a honte, qui n’a pas la disponibilité ou les moyens. Un conjoint pourra, légitimement ou non, se convaincre que cette vie est impossible, sans avenir, et s’éloigner. Sans parler de situations où l’incarcération a des causes à l’intérieur de la famille. Il y a encore, pour le détenu, le sentiment de culpabilité de faire peser tant de difficultés sur ses proches: « Moi, j’ai ce que je mérite, mais eux, ils n’ont rien fait. »

Pour l’entourage, c’est une foule d’éléments à gérer, comme autant de défis à relever : Le retour sur soi-même, sa responsabilité ; le regard, le jugement, l’éloignement des autres; la honte et le déshonneur ressentis ; l’incompréhension de l’acte commis ou du jugement prononcé ; l’absence, souffrance inexplicable et injustifiable pour l’enfant. Mais c’est aussi : la nécessité d’écrire régulièrement, d’être près du téléphone au bon moment, d’être disponible pour se rendre au parloir, d’y faire bonne figure pour ne pas inquiéter, de laver, repasser et fournir le linge, d’envoyer des mandats alors qu’il faut se priver de revenus que le détenu pouvait apporter. C’est encore et surtout la difficulté de tenir dans la durée.

L’incarcération est une épreuve de vérité pour la famille. Il faut l’affronter, avec ses grandeurs et ses misères. La prison peut détruire des familles unies. Elle peut précipiter l’explosion d’une famille en difficulté. Elle est un danger. Elle peut aussi être l’occasion d’un dépassement. La famille peut se révéler, grandir dans l’adversité, y découvrir et y consolider son unité, sa fidélité.

L’épreuve de l’incarcération de l’un de ses membres devrait être l’occasion pour chaque famille de trouver du soutien, d’être entourée. Elle reste le premier recours pour aider à la réinsertion. Elle n’en est bien souvent pas capable seule. Comment le pourrait-elle ? Dans ce lieu et ce moment particuliers se révèle la nécessité d’une société attentive, à ceux qu’elle sanctionne parfois lourdement, comme à leur entourage qu’elle ne devrait pouvoir abandonner.

Vincent Leclair est laïc, marié, père de trois enfants. Il est aumônier au centre pénitentiaire de Béziers et aumônier général catholique des prisons.

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jeudi, mai 26 2011

La vie de famille, un long fleuve tranquille ?

SylvieHEn tant que parents, nous avons parfois des interrogations sur l’éducation de nos enfants. Nous désirons le bonheur de notre enfant. Nous souhaitons qu’il « profite » pleinement de l’éducation que nous lui donnons (ou que nous essayons de lui donner). En tant que parents, nous désirons aussi que la maison soit un havre de paix, que chacun y ait sa place, que chacun soit écouté…

La réalité est parfois (souvent ?) tout autre ! La vie familiale, nos projets peuvent, en effet, être bousculés par des conflits, des échecs, des soucis de santé, des difficultés scolaires, la crise de nos adolescents, l’orientation des plus grands, la garde des plus jeunes, la solitude…

Dans ce fleuve de la vie qui nous entraîne et qui peut bien souvent nous désemparer et nous faire douter de notre capacité à être des parents « suffisamment bons », il ne faut pas rester isolé. Spontanément d’ailleurs, quand des parents se rencontrent, à la sortie de l’école, entre amis…, l’éducation des enfants est très souvent au cœur de leurs échanges.

Au-delà de ces échanges informels, nous pouvons, par exemple, avec d’autres parents, nous retrouver en groupe et partager sur notre mission de parents. Ce travail en commun nous permet gagner en confiance dans notre mission de parents, ne serait-ce que parce que cela nous permet de prendre conscience que d’autres se posent des questions analogues, rencontrent des difficultés proches… Il y a là une véritable entraide qui permet d’autant mieux de relire sa mission de parents, d’y réfléchir que le groupe se réunit régulièrement, que les participants se font confiance, que l’échange est facilité par la formation reçue par l’un ou l’autre…

Relire sa mission de parents, c’est commencer par se poser les bonnes questions : quelle juste place pour l’autorité et qui l’exerce ? Les conflits sont-ils inévitables, nécessaires ? Comment peut-on en sortir ? Connaissons-nous les amis de nos enfants ? Les accueillons-nous ? Comment ? Comment nous situons-nous en tant que parents par rapport aux influences des amis ? Comment favoriser un cadre favorable pour le travail scolaire le soir à la maison ? En passant par des sujets comme: la jalousie, les disputes, les conduites à risque, la confiance, savoir dire non, le coucher des enfants, les activités du W-E…

Relire sa mission de parents c’est oser avec d’autres partir de la réalité de ce que nous vivons : - « je » partage à l’équipe ce que je vis en lien avec la question choisie, dans l’écoute et le respect mutuel, - ensemble « nous » nous questionnons pour trouver le sens de ces actes, - ces paroles échangées dans le partage et la réflexion nous invitent à agir, à mieux vivre notre quotidien, à trouver des repères, des balises pour poursuivre ce fleuve de la vie.

Ainsi, l’échange en groupe permet de relire ce qui fait notre quotidien, de s’entraider dans notre mission de parents, de partager sur ce qui se vit, d’en chercher le sens, de se donner ensemble des repères et de permettre à chaque famille de trouver ses propres solutions.

Sylvie d’Hautefeuille est mère de famille et grand-mère. Elle est Référente nationale des Chantiers-Éducation. Ouvert à tous, ce service, proposé par les AFC, compte aujourd’hui 630 groupes en France et à l’étranger.

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mercredi, mai 18 2011

Les célibataires, une chance pour les familles

Claire_Les.JPGParmi le millier de « vrais » célibataires rencontrés à travers la France depuis onze ans, ils sont nombreux à exprimer une certaine souffrance dans leur famille : incompréhensions voire maladresses des frères et sœurs mariés ; gêne des parents vieillissants qui n’osent poser de questions ; manque de reconnaissance de manière générale…

Certains se plaignent de se voir « toujours logés dans la plus petite chambre » de la maison familiale ou d’entendre les mêmes questions ressassées ("Et toi, c'est pour quand ? ; As-tu rencontré quelqu'un ?"...) qui leur « mettent la pression »… D'autres aimeraient entendre leurs parents, fiers des couples de leurs enfants et de leurs petits-enfants, expliquer tout aussi fièrement que leur fils ou fille célibataire leur procure de grandes joies... Je me souviens aussi d’une enseignante de 44 ans qui se croyait obligée de passer Noël en famille. Chaque année, il lui fallait supporter sans broncher le déballage des cadeaux échangés entre parents et enfants, en sachant qu’aucun ne lui serait destiné... C'était moralement insoutenable !

Ce malaise familial face au célibat s’explique en partie par les normes secrétées par les familles - comme dans tout cercle social. De fait, la famille se trouve partagée entre l'envie de respecter « son » célibataire (qui a le droit de "choisir sa vie »), et l'obligation de veiller à ce que le modèle conjugal « normatif » soit appliqué. De plus, les parents d’un célibataire peuvent se sentir en situation d’échec, se penser « responsables » face à leur entourage. Car dans la tête de beaucoup, un célibataire, même âgé, reste « l’enfant de ses parents », à la différence des enfants devenus parents à leur tour considérés comme pleinement adultes.

Et pourtant. Le célibataire peut avoir une place privilégiée dans la dynamique familiale, notamment auprès de ses neveux et nièces envers lesquels il n'a pas de responsabilité de résultats scolaires et peut avoir un rôle d’adulte-relais. A lui donc d’inventer des temps forts, à l’occasion d’anniversaires ou d’étapes de vie importantes, pour entretenir avec eux une relation gratuite et paisible, et ainsi mieux les connaître et les aimer.

Le « vrai » célibataire peut aussi contribuer aux bonnes relations et à l’harmonie au sein de sa famille. Surtout s’il peut témoigner du sens qu’il a su, peu à peu, donner à sa vie apparemment moins féconde que d'autres. « Les célibataires sont aux avant-postes de la recherche de sens », avait l'habitude de dire le jésuite Michel Bureau (décédé en 2006) qui fut l'un des premiers, en France, à animer des retraites pour célibataires. S’il est chrétien, c’est dans sa relation personnelle au Christ qu’un célibataire trouvera l’orientation et la fécondité de sa vie.

Claire Lesegretain, grand reporter du service Religion de La Croix, célibataire, auteur de plusieurs ouvrages : «Les grands ordres religieux» (Fayard, 1990, réédité 1995) ; «Être ou ne pas être célibataire» (Saint-Paul, 1998) ; «Les chrétiens et l’homosexualité, l’enquête» (Presses de la Renaissance, 2004), "Célibats, célibataires, quelles perspectives en Église ?" (Document Épiscopat, 2010). Depuis 2000, elle anime 5-6 sessions annuelles pour des chrétiens célibataires.

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mercredi, mai 11 2011

La Médiation Familiale, une chance pour les familles ?

J._Guinard.JPGLa médiation familiale est couramment définie comme une pratique qui permet aux membres d’une famille de renouer le dialogue, de résoudre un conflit, de se séparer, « mieux ». Elle concerne le lien au sein de la famille dans son ensemble : entre frères et sœurs, entre grands-parents et enfants adultes, entre parents et grand adolescent.

Elle est également une forme d’accompagnement des couples en conflit pour permettre à un homme et une femme de continuer leur histoire à deux sur de nouvelles bases, et à une mère et un père de poursuivre le dialogue malgré la rupture douloureuse de leur couple. La famille est en effet un lieu où l’affectif est prépondérant, et donc de prédilection pour l’amour … mais aussi pour la rancune : ce qui était porteur de si belles promesses peut se révéler douloureux.

Si les crises sont nécessaires pour une évolution de la relation, elles peuvent aussi conduire à la rupture et laisser les personnes grandies ou brisées. Il est donc essentiel de dire sa blessure et d’entendre celle de l’autre pour que puisse évoluer le conflit. C’est à cette parole vraie, acte de confiance difficile, qu’invite la médiation.

Dans un cadre professionnel régi par un code déontologique de confidentialité, indépendance et neutralité, le médiateur est un tiers qui favorise l’expression et l’écoute réciproque des personnes pour qu’elles comprennent mieux enjeux et positions. Il les accompagne dans une progression : il y a un temps pour l’écoute (chacun met des mots sur sa vérité), pour l’émotion (expression du ressenti), un temps pour la créativité (recherche de solutions) et pour la décision (choix qui conviendront à tous). En se sentant reconnu par l’autre dans sa différence et sa souffrance, chacun pourra prendre conscience de sa part de responsabilité.

La médiation peut-elle conduire jusqu’au pardon ? Elle peut être une étape du difficile chemin intérieur qui mènerait en effet au pardon, demandé ou donné. Cela reste de l’ordre de l’intime et il appartient à chacun d’en faire, ou non, le choix. La fonction de la médiation est avant tout de favoriser l’échange et le respect de la différence et des besoins de chacun. Cette communication (re)créée contribuera alors à ce qu’un langage commun soit trouvé pour construire un nouveau type de relation basée sur un minimum de confiance.

N’est-ce pas là une expérience de résolution du conflit et de ses conséquences que l’on peut souhaiter aux familles déchirées ou en difficulté ? Quittant une « guerre de tranchées » meurtrière, elles pourraient ainsi utiliser leur énergie à imaginer du « possible », où chacun serait gagnant , …et les enfants, fatalement englués et fragilisés dans ces combats d’adultes, seraient alors les « super-gagnants » !

Joëlle Guinard est mère de 3 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants. Elle est médiatrice familiale (diplômée d’état) et exerce depuis 11 ans dans une association présente dans plusieurs arrondissements de Paris.

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jeudi, mai 5 2011

Le PASS CONTRACEPTION, une rustine …

JETessonLe soutien du Ministre de l’Education Nationale à la mise en place du PASS CONTRACEPTION par la Région Ile de France, ouvre une voie royale à un dispositif qui tente de se justifier par le développement du nombre des grossesses d’adolescentes et corrélativement de celui des interruptions volontaires de grossesses chez les mineures.

Les chiffres sont en effet préoccupants et il est urgent d’agir. Ceux qui insistent sur la nécessité d’un tel dispositif entérinent de facto l’échec de la façon dont est appliquée notre politique nationale (circulaire n° 2003-027 du Code de l’éducation), qui a rendu les séances d'Education Affective, Relationnelle et Sexuelle en milieu scolaire obligatoires.

Alors que ce texte insiste sur l’importance d’aborder ces questions avec les jeunes dans toutes les dimensions de la personne, ces fondements mêmes sont souvent abandonnés au profit d’une approche purement « hygiéniste », sans ambition. Ceci, bien souvent, par manque de moyens financiers accordés aux associations en mesure de faire intervenir des professionnels formés, éducateurs à la vie ou conseillers conjugaux et familiaux. Le retard pris est considérable.

Pourtant il s’agit d’un véritable enjeu de société, en lien avec les difficultés croissantes des familles à jouer leur rôle de premier lieu d’intégration sociale, permettant aux jeunes de devenir autonomes, responsables, capables de relations harmonieuses et par conséquent acteurs dans la société.

Le PASS CONTRACEPTION répond peut-être à des préoccupations louables, mais présente quelques risques :

• Banaliser l’acte sexuel. Dans « relation sexuelle », il y a d’abord le mot relation. Dans l’approche «hygiéniste » de la sexualité une part importante de l’être humain semble oubliée au profit de la seule dimension physique et en particulier de la santé. Il est primordial d’aider les jeunes à prendre soin de leur bien-être affectif, de leur santé et de leur capacité d’être en relation avec les autres en tant que sujet.

• Disqualification des parents : La distribution des PASS CONTRACEPTION peut affranchir certains parents, tentés de démissionner de leur responsabilité d’éducateurs. Il est important qu’ils se sentent concernés et en responsabilité d’éducateurs légitimes, en gardant à l’esprit le respect de l’intimité de leurs enfants.

Le PASS CONTRACEPTION risque de freiner la mise en place d’une action en profondeur, qui ne pourra s’affranchir d’une aide apportée aux parents et aux adultes en responsabilité de jeunes dans leur difficile mission. C’est une question d’ambition de notre société pour ses jeunes, pour qu’ils puissent accéder à une sexualité développant leur capacité d’aimer et de respecter eux-mêmes et les autres.

Peut-être faut-il en passer par le PASS CONTRACEPTION, mais ne renonçons pas à aider nos enfants à donner du sens à leurs actes. Nos rencontres avec les jeunes nous prouvent que même s’ils sont bien souvent soumis à leurs pulsions, ils y aspirent au plus profond d’eux-mêmes

Jean-Eudes TESSON, marié, père de 5 enfants, est dirigeant d’entreprise, Conseiller Conjugal et Familial et Président du CLER Amour et Famille, membre du bureau de la commission respect de l’Homme du MEDEF et membre de l’Observatoire de la parité Hommes/Femmes.

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mercredi, avril 27 2011

Avant la morale, la Résurrection !

H.Simon.JPG Lorsque l’on parle du mariage ou de la famille, il est très vite question de ce que l’on doit faire, des conduites à éviter, des obligations, des devoirs... en un mot, mariage rime souvent avec morale. Et notre époque, qui n'aime pas beaucoup que l’on parle de morale et encore moins que l’on ait l’air de lui faire la morale, préfère utiliser les termes d'éthique, ou de valeurs... Mais il ne suffit pas de changer les mots. Il convient surtout de s’interroger sur l’expérience spirituelle où s’enracinent les valeurs que l’on invoque.

Il me semble que nos contemporains ne mesurent pas, ou ne mesurent plus, la portée de la « révolution spirituelle » inaugurée par Jésus de Nazareth. Ce retournement concerne tous les aspects de la vie humaine, et en particulier la vie affective et la sexualité. Jusqu’à lui, et encore pour les cultures où le Christianisme n’a pas été annoncé, les êtres humains ne pouvaient envisager d’autre perspective de survie que celle d’une descendance charnelle. Les êtres humains sont soumis inexorablement à la loi de la mort individuelle. Et ils ne peuvent survivre qu’en transmettant la vie à des enfants qui, à leur tour la transmettront à leurs enfants, etc.…

C’est pourquoi l’impératif de la transmission de la vie est si fort dans toutes les sociétés et à toutes les époques. Le mariage y est organisé d’abord en vue de la survie du groupe. C’est pourquoi, réciproquement, la stérilité est très souvent considérée comme un motif suffisant de répudiation de la femme. C’est pourquoi aussi le célibat est entouré soit de mépris, soit de commisération. Comme on le lit dans la Bible, mourir sans enfant est un malheur sans nom.

Notre époque n’échappe pas à cet impératif. Et l’on voit des célébrités, qui se vantaient jusque-là de mener une vie insouciante, se raviser brusquement et se glorifier d’avoir enfin l’enfant inespéré. C’est bien le signe qu’à l’approche de la mort l’inconscient est capable de rattraper celles et ceux qui faisaient semblant de l’ignorer.

Mais, à partir du moment où Jésus vient ouvrir aux croyants la perspective de la Résurrection, tout peut s’inverser. Ce sont les personnes et non plus la société qui reçoivent « les promesses de la vie éternelle. » Avoir une descendance charnelle n’est plus un absolu. Et le mariage lui-même n’est plus « nécessaire », en ce sens que tout chrétien peut (et devrait !) s’interroger pour savoir à quel état de vie il (ou elle) est appelé(e). Car alors, en effet, le célibat devient pensable.

Dès lors, pour ceux qui répondent, en conscience et devant Dieu, qu’ils ne pensent pas être appelés à rester célibataires, le mariage devient pour eux une ...vocation ! Leur mariage n’est plus perçu comme une nécessité biologique ou sociale ; ils se découvrent libres de décider de se marier. Et c’est pourquoi le mariage, selon la grande Tradition chrétienne, est « élevé à la dignité de sacrement » , selon la belle expression du Missel Romain.

Dans cette perspective, l’accueil des enfants n’est plus seulement vécu comme l’accomplissement du désir de survivre et de prolonger la famille. Les parents, appelés à former une communauté de vie et d’amour, sont invités à transmettre la vie à des enfants. Mais ils ont à se mettre au service de la vocation de ces enfants. C’est en ce sens que la Sainte Famille peut être proposée en modèle pour toute famille : « Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? » ( Luc 2,49) Un tel renversement de perspectives n’est évidemment pas spontané : il appelle les époux à tout un travail intérieur, et parfois même à un vrai combat spirituel. Mais n’est-ce pas à cela que sont appelés tous les disciples du Christ ?

Mgr Hippolyte Simon est archevêque de Clermont et vice-président de la Conférence des évêques de France

(une version plus longue de ce billet est disponible sur le site du diocèse de Clermont : cliquez - ici )

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lundi, avril 18 2011

Le sacrifice et la confiance

Monique BS’il est bien un mot qui, pour les chrétiens, revêt un sens différent de celui qu’il a pour les autres, c’est le mot « sacrifice ». La plupart des personnes perçoit le sacrifice comme quelque chose d’exclusivement négatif. Le sacrifice est associé à la perte, la renonciation, la destruction, la mort. Bref, le sacrifice va nécessairement à l’encontre de l’épanouissement personnel. Les seules occasions où un sacrifice est acceptable, c’est lorsque le gain apparaît de façon claire, nette et immédiate. Ainsi par exemple, il est admis qu’un sportif de haut niveau fasse des sacrifices dans son régime alimentaire pour améliorer ses performances.

Pour les chrétiens, le sacrifice renvoie d’abord au sacrifice du Christ, Le sacrifice. Dans les jours qui viennent, ils célèbreront ce passage de la mort à la Vie. Pour eux, le sacrifice est donc toujours éclairé par la lumière de la Résurrection. Au point qu’il leur est souvent reproché de passer un peu vite sur la réalité tragique du sacrifice. Le Christ a pourtant vécu de manière bien réelle l’horreur de la Croix, l’indicible souffrance, le sentiment d’abandon. Et les pèlerins d’Emmaüs témoignent de l’incompréhension totale des disciples qui sont désemparés devant les événements. La Résurrection n’efface pas le tragique du sacrifice, elle donne simplement un sens à ce qui sans elle peut paraître absurde.

Il n’y a pas de vie de famille, il n’y a pas de relation d’amour, sans sacrifices. Il serait malhonnête de prétendre le contraire. Chacun est inexorablement conduit à renoncer à des choses pour soi pour mieux être avec les autres. Mais comment accepter ces sacrifices s’ils sont perçus uniquement de façon négative ? Dans la vie de famille, il arrive qu’un renoncement pour soi soit aussitôt récompensé par une joie plus grande, mais ce n’est pas toujours le cas, loin de là. Il peut y avoir des périodes arides où il faut pouvoir donner sans compter et sans rien voir venir en retour. Il arrive aussi que ce que nous recevons en retour ne correspond pas à nos attentes. Et c’est là où les liens de famille sont mis à rude épreuve et où des ruptures apparaissent.

Qu’est ce qui permet alors d’accepter ce sacrifice, ce don de soi sans espérer de retour immédiat ? Ce n’est pas un goût morbide de la souffrance, mais c’est la confiance ! Le Christ fait le don de sa vie en s’en remettant complètement à son Père. Seule cette confiance totale lui permet de se dessaisir de sa propre vie.

Dans la vie de famille, nous n’avons pas à nous dessaisir de notre vie au sens littéral comme l’a fait le Christ, mais au sens figuré. Cela n’est possible que dans un lien de confiance et c’est cette confiance qui fait si souvent défaut, la confiance entre l’homme et la femme, mais aussi bien sûr la confiance en Dieu. Notre société est marquée par la méfiance et la peur. Aujourd’hui, avoir confiance en Dieu est un trésor inouï ! Si Dieu a su transformer l’échec de la Croix en une victoire sur la mort, nous pouvons avoir confiance que dans nos vies de familles, à travers nos petits échecs et nos petites morts, la Vie aussi se frayera un chemin.

Joyeuses fêtes de Pâques !

Monique Baujard

Monique Baujard, mariée, mère de quatre enfants, ancien avocat au barreau de Paris, titulaire d’une maîtrise de théologie, est directrice du Service national Famille et Société (Conférence des évêques de France) depuis le 1er septembre 2009

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