Beccaria.JPGIl n’y a pas si longtemps, les choses étaient plutôt simples. On avait des amis, un fiancé, un mari. On se mariait jeune, parfois dès 18 ans pour les filles, presque toujours avant 25 ans.

Les mœurs ont changé et les mots eux-mêmes n’ont plus le même sens. Ainsi celui d’ami, d’une grande banalité. Mais si l’on a entre 15 et 17 ans et si on y ajoute le qualificatif de petit, c’est celui avec qui l’on « sort ». Un amoureux, parfois plus. Celui que l’on a choisi, qui occupe vos pensées et les élans de votre cœur… pendant un certain temps. Car un petit ami n’est pas durable. On peut, on doit même en changer. Statut éphémère, transitoire, qui n’a rien d’officiel. Les parents eux-mêmes s’embrouillent parfois dans le prénom de l’élu du moment. Sous cette apparente légèreté, cette première expérience affective et sexuelle est souvent déterminante.

Vient ensuite le temps des copains. Autrefois, le terme était employé plutôt au masculin pluriel : bandes de garçons, amateurs de sports et de sorties. Quand on l’emploie au singulier et qu’il est précédé d’un possessif, tout change ! Mon copain, ma copine c’est une autre affaire. L’engagement est plus socialisé, quasi officiel. Une sorte de situation para-conjugale qui peut durer des années mais qui n’implique pas toujours la cohabitation..La rupture, souvent douloureuse, reste toujours présente dans le conscient ou l’inconscient. Et puis mon copain, ma copine a presque toujours moins de 30 ans. C’est un état de jeunesse.

L’âge avançant, des choix restent possibles. On peut s’installer durablement dans cet état non formalisé, vivre en couple, c’est-à-dire selon le terme juridique mais bien inélégant de « concubinage notoire ». On parle alors de ma compagne, mon compagnon, le mot lui-même implique une certaine stabilité. Et 52 % des 800 000 naissances annuelles naissent au cœur de ces couples non mariés, dont les ruptures restent aisées, administrativement parlant. On peut aussi se lier par le Pacs mais on ne sait pas quel mot on se définit entre soi.

On peut enfin se marier. Souvent avec son copain, sa copine, mais le terme de fiancé préalable au mariage n’a plus guère de raison d’être. On devient alors mari et femme pas toujours pour très longtemps. Autre nouveauté linguistique : le préfixe ex, entré massivement dans le vocabulaire amoureux et/ou conjugal. On parle de son ex belle-mère, ex-mari, ex-copine, désignant ainsi des personnes avec qui les liens sont rompus mais qui existent encore dans son panthéon personnel. On parle aussi d’un ex tout court, au singulier ou au pluriel, sans substantif accolé. Un ex c’est une personne qui a traversé votre vie sentimentale ou sexuelle, on peut donc avoir beaucoup d’ex !

Sociologie simplette ? Sans doute mais l’émergence de mots nouveaux traduit toujours des réalités inédites. Aujourd’hui entre 15 et 30 ans, les jeunes générations entament un long parcours affectif, souvent chaotique et qui n’a rien d’univoque. Chacun traverse des états successifs, vit des expériences multiples dans une grande liberté apparente mais sans boussole, sans aide psychologique, sans repères éthiques.

L’Eglise qui a su inventer une pastorale de mariage n’a pas encore trouvé la façon pertinente d’accompagner ces nouveaux modes de vie. Et si cela pouvait être un des enjeux de cette année de la Famille ?

Mijo Beccaria, mariée, 4 enfants et 11 petits-enfants, a été directrice générale de Bayard Presse et présidente du Bureau international catholique de l’Enfance (BICE). Elle est aujourd’hui vice-présidente de la Fondation des Apprentis d’Auteuil.